Le carnet de Grauku – Sophie Laroche

Si tout a dérapé, c’est seulement parce que je n’en pouvais plus de voir la photo de mon cul partout… C’est déjà si dur d’avoir à le traîner! Je sais, je sais… Je ne devrais pas utiliser le mot « cul ». Ce n’est pas un mot très « littéraire »…

Mais ce qui suit n’est pas une histoire gentille. Quand une gang de filles vraiment pestes ont photographié mes fesses à la piscine et ont fait circuler la photo de cellulaire en cellulaire, j’ai réagi comme d’habitude : je me suis bourrée de chocolat et je me suis défoulée sur mon blogue. Puis cette fille, « Kilodrame », m’a laissé un message. Elle avait un moyen de me libérer complètement de mes problèmes de poids et de mes obsessions de bouffe. Une idée de carnet…

Oui, j’ai maigri. Oui, j’ai enfin découvert la vie. Mais pas celle que j’imaginais…

Si vous voulez des beaux mots, gentils et propres, il faut choisir un autre livre. Lire le trépidant quotidien de Lisa, la belle Lisa, la mince Lisa. Ou de sa copine Justine, si jolie et si fine. Et me laisser, avec mes kilos en trop et mes bourrelets, en marge de la page. Moi, c’est une histoire de cul que j’ai à raconter. Mais pas celle à laquelle vous vous attendez!

Encore une fois, un livre pour adolescents qui ose parler des vraies choses en utilisant les vrais termes, et surtout, en concluant la situation de façon réaliste, et non pas rose bonbon comme ça arrive trop souvent. Manon fait de l’embonpoint, à quel point, on ne le sait jamais et ce n’est pas réellement important. Un jour, des collègues de classe lui photographient le derrière alors qu’elle se change dans les vestiaires. Non seulement elle découvre que la vie au secondaire est cruelle, mais en plus, elle s’aperçoit qu’elle est beaucoup plus grosse qu’elle le pensait et décide de se mettre au régime. À l’aide de son blogue, et de son surnom, Grauku, elle commence à tester différentes façons de perdre du poids. C’est à ce moment que Kilodrame entre dans sa vie. Cette fille dit vouloir l’encourager dans son processus et lui donne un truc infaillible à son avis : écrire dans un carnet tous les aliments qu’elle ne doit plus manger. Au fil des semaines, et des résultats positifs sur la balance et dans sa vie amoureuse, Manon ajoute de plus en plus d’aliments à son carnet, ce qui ne manque pas d’alerter son entourage. Une histoire à mettre entre toutes les mains d’adolescents, filles ou gars, minces ou enrobés. Une belle découverte.

La solitude des nombres premiers – Paolo Giordano

Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes; soupçonneux et solitaires, certaines possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l’adolescence à l’âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s’effleurer et de s’éloigner dans l’effort d’effacer les obstacles qui les séparent.

Deux écorchés de la vie, pour deux raisons complètement différentes, se rencontrent à l’adolescence et développent une improbable amitié qui dure pendant de nombreuses années, malgré la distance, les différences et les différents.

Encore un livre que j’ai choisi sous l’inspiration du titre… qui ne me préparait pas du tout à cette histoire. C’est une très belle histoire, même si j’ai eu parfois l’impression que l’auteur n’allait pas au bout de son idée, au bout de l’émotion créée. On sait que Mattia et Alice ont des problèmes résultant de leur enfance, mais le tout est survolé. On survole leur histoire, mais on aurait aimé y entrer.

Au final, je ne peux pas en dire plus sans révéler trop d’information, mais la fin m’a déçue, même si je la comprends.

Le pavillon des enfants fous – Valérie Valère

À treize ans, Valérie Valère a été internée au pavillon des enfants fous d’un grand hôpital parisien. À quinze ans, elle écrit le récit de ce séjour. Son livre n’est pas seulement une vision du monde hospitalier, des traitements pour les malades mentaux, le cri pathétique d’une adolescente  de treize ans qui, un jour, a refusé toute nourriture : elle prend conscience des raisons profondes qui l’ont amenée au comportement suicidaire qu’est l’anorexie. Et son récit est avant tout l’histoire d’une guérison.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec la quatrième de couverture. On ne voit pas tellement sa vision du milieu hospitalier et on a du mal à voir quel traitement elle reçoit, si ce n’est le chantage et l’apport quotidien de nourriture. L’auteure est très centrée sur elle, sur ce qu’elle ressent, sur ses frustrations et, graduellement, sur sa prise de conscience, ce qui est normal, vu l’angle du livre. Par contre, j’aurais aimé qu’elle aille jusqu’au bout du cheminement. On sait qu’elle va s’en sortir (évidemment, elle a écrit le livre), mais on ne sait finalement pas comment, dans quel état et surtout, de quelle façon.