Jojo lit… Fourchon

fourchonSa maman est une cuillère. Son papa est une fourchette. Lui, il est un peu des deux. Voici Fourchon!

Fourchon détonne. Dans sa cuisine, les cuillères sont des cuillères et les fourchettes sont des fourchettes. On ne se mêle pas aux autres. Il a beau tenter de passer pour une cuillère, puis pour une fourchette, Fourchon n’est jamais choisi lorsque vient le temps de se mettre à table.

Il semble condamné à un destin de tiroir… jusqu’à l’arrivée, un beau jour, d’une chose malpropre qui ne se soucie pas des coutumes de la coutellerie. Fourchon trouvera-t-il enfin sa place à table?

Coup de foudre instantané pour cet album, autant de ma part que de celle de Joëlle. Le thème de la différence raisonne très fort chez moi (j’en reparlerai cette semaine) et je trouve que cet album l’aborde de belle façon. Les illustrations sont superbes, sobres et loin du tape-à-l’œil fréquent dans le livre pour enfants. Ça me donne envie de découvrir d’autres livres illustrés par Isabelle Arsenault. De son côté, Joëlle n’a pas été convaincue du premier abord par les illustrations, mais y a pris goût au fil des lectures.

Commentaires de Joëlle, 5 ans (attention elle révèle une partie de l’intrigue) :

J’aime l’histoire parce que fourchon est pas comme les autres. Il est rond et pointu. En plus, il y a un bébé qui lance de la nourriture partout et j’aime ça les bébés.

Bref, on le recommande!

Fourchon
Auteure : Kyo Maclear
Illustratrice : Isabelle Arsenault
Éditeur : La Pastèque

Ce n’est pas grave, mais c’est grave

Je ne parle pas beaucoup des difficultés de mes enfants autour de moi. Je sais que l’intention n’est pas mauvaise, mais les gens ont surtout le réflexe de vouloir minimiser et ça épuise. Ça épuise de devoir expliquer pourquoi c’est important d’aller en thérapie « même si on la comprend bien », « même si elle a juste 5 ans, c’est normal xyz », non justement, ce n’est pas « normal » de ne pas être capable de pédaler. Encore plus pour mon fils qui a 2 ans ½, « il est tout petit, tu lui mets trop de pression ». Justement, je ne lui mets pas de pression, je lui donne des outils et pour lui, c’est un jeu. Quand je prends la peine d’expliquer et que les gens finissent par comprendre — ou faire semblant de comprendre — ça finit généralement par « au moins, ils sont en santé ».

Bien sûr, ils ne mourront pas de leurs difficultés actuelles, mais ça ne les rend pas moins difficiles à leurs yeux et aux nôtres. Je ne me vois pas dire à ma fille qui travaille si fort pour dire un son et que sa langue ne veut juste pas : « t’es chanceuse, t’es en santé ».

Encore une fois, je sais que les gens ne veulent pas mal faire, que c’est humain comme réflexe, mais quand tu essaies de rentrer une xième thérapie dans l’horaire et dans le budget, bien ça passe un peu de travers.

Je sensibilise mes enfants aux différences et aux richesses qu’elles apportent, mais quand ma fille vient me voir les yeux pleins d’eau parce qu’elle n’est pas capable de faire la même chose que ses amis ou parce qu’une personne ne la comprend pas, je ne lui dirai pas que ce n’est pas grave et qu’elle va survivre, je vais lui dire « je le sais que c’est difficile, mais ensemble, on va travailler fort pour que ça le devienne moins. »

Parce qu’en fin de compte, se faire dire « au moins ils sont en santé », ça nous donne juste l’impression de nous faire dire « arrête de te plaindre » quand on a juste besoin de partager un peu notre fardeau.