Jojo lit… Fourchon

fourchonSa maman est une cuillère. Son papa est une fourchette. Lui, il est un peu des deux. Voici Fourchon!

Fourchon détonne. Dans sa cuisine, les cuillères sont des cuillères et les fourchettes sont des fourchettes. On ne se mêle pas aux autres. Il a beau tenter de passer pour une cuillère, puis pour une fourchette, Fourchon n’est jamais choisi lorsque vient le temps de se mettre à table.

Il semble condamné à un destin de tiroir… jusqu’à l’arrivée, un beau jour, d’une chose malpropre qui ne se soucie pas des coutumes de la coutellerie. Fourchon trouvera-t-il enfin sa place à table?

Coup de foudre instantané pour cet album, autant de ma part que de celle de Joëlle. Le thème de la différence raisonne très fort chez moi (j’en reparlerai cette semaine) et je trouve que cet album l’aborde de belle façon. Les illustrations sont superbes, sobres et loin du tape-à-l’œil fréquent dans le livre pour enfants. Ça me donne envie de découvrir d’autres livres illustrés par Isabelle Arsenault. De son côté, Joëlle n’a pas été convaincue du premier abord par les illustrations, mais y a pris goût au fil des lectures.

Commentaires de Joëlle, 5 ans (attention elle révèle une partie de l’intrigue) :

J’aime l’histoire parce que fourchon est pas comme les autres. Il est rond et pointu. En plus, il y a un bébé qui lance de la nourriture partout et j’aime ça les bébés.

Bref, on le recommande!

Fourchon
Auteure : Kyo Maclear
Illustratrice : Isabelle Arsenault
Éditeur : La Pastèque

La lecture en cadeau

J’adore lire et c’est quelque chose que je veux transmettre à mes enfants. D’ailleurs, ils ont beaucoup – jamais trop – de livres. Je me souviens, quand j’étais jeune ado, je faisais du bénévolat à mon ancienne école primaire, et ce que je préférais, c’était placer les livres dans les bibliothèques des classes. En fait, je lisais tous les livres que je mettais sur les tablettes. Pas très efficace, mais j’adorais ça, même si je n’étais plus dans le public cible des albums depuis longtemps.

Souvent, à Pâques, à l’Halloween, à Noël, à la place d’offrir du chocolat, on offre un livre thématique et les enfants en redemandent.

Pour le Noël de ses 2 ans, on avait offert à Joëlle un abonnement à Popi. Ce fut un gros succès. Depuis, elle a été abonnée à Popi jusqu’à 3 ans, et nous sommes ensuite passés à Pomme d’Api. Ça fait partie du cadeau de Noël, un abonnement. Elle attend toujours avec impatience sa revue et elle a hâte de se coucher pour lire sa revue. Cette année, c’est Ludo qui a eu son premier abonnement à Popi. Il a reçu son premier exemplaire la semaine dernière et on doit le lire tous les jours, il ne parle que de Popi et Petit Ours Brun. C’est court, alors on le lit au complet chaque fois. Un autre succès!

Je crois que c’est quelque chose auquel on ne pense pas assez, offrir un abonnement à une revue. C’est un cadeau qui dure toute l’année, c’est un plaisir renouvelé et les enfants adorent recevoir du courrier. Il y a plusieurs belles revues pour enfants, ça vaut la peine de les découvrir, plutôt que d’offrir un autre jouet.

Au fil de mes textes, vous découvrirez à quel point c’est important pour moi d’exposer mes enfants à plusieurs formes d’arts, de différentes façons.

J’inaugurerai bientôt les catégories Jojo et Ludo découvrent et Jojo et Ludo lisent. Pour le moment, c’est surtout Joëlle qui vous expliquera dans ses mots ce qu’elle aime de certains livres, films, pièces qu’on voit. Je compléterai avec mes propres impressions.

La théorie des gaz

Après un accouchement mémorable – ou traumatisant – nous voilà de retour à la maison avec une petite poulette.

La dernière journée à l’hôpital avait été difficile. Joëlle ne dormait pas, pleurait énormément et semblait vouloir boire 24 h sur 24. L’homme faisait des promenades dans le couloir pour aider à calmer ce que toutes les infirmières appelaient les gaz du deuxième jour. On espérait que le retour à la maison, dans un environnement plus calme, aiderait.

Ça n’a pas été le cas. Joëlle pleure beaucoup, beaucoup. Rien ne semble la consoler. On la berce, on la met dans une chaise vibrante, on va acheter une balançoire, on la fait pédaler pour sortir les gaz et on se sent comme les pires parents du monde. Elle est quasiment toujours au sein, elle a à peine terminé qu’elle veut y retourner. On se dit que c’est la fameuse poussée de croissance des 3 jours et on patiente.

Vient ENFIN la visite de l’infirmière. On lui explique ce qu’on a essayé, ce qu’on fait, un peu beaucoup découragé. Elle pèse la petite et la voilà au téléphone! Elle prend pour nous un rendez-vous on ne sait où encore. La petite a perdu 14 % de son poids depuis sa sortie de l’hôpital, en 48 h. Elle me demande de l’allaiter et me fait remarquer que Joëlle n’avale pas. Elle a beau être au sein, elle tète sans déglutition. Je n’ai pas eu ma montée laiteuse et je ne fais pratiquement pas de lait.

Joëlle n’a pas des gaz, elle est affamée. Ça fait 48 h que j’affame mon bébé sans le savoir. C’est la goutte qui fait déborder le vase déjà fragile. L’infirmière me demande si je me sens émotivement bien… Je ne sais pas quoi lui répondre à part pleurer. Après un accouchement traumatisant, je viens d’apprendre que ma poulette est affamée. David revient de la pharmacie avec du lait prêt à boire et l’infirmière nourrit Joëlle au gobelet. Le soulagement que j’ai vu sur le visage de Joëlle restera à jamais gravé dans ma mémoire. Elle s’est ensuite endormie, épuisée.

Le rendez-vous pris par l’infirmière était un rendez-vous d’urgence à la clinique d’allaitement pour le jour même. Je ne savais pas à ce moment-là que j’entrais dans une machine d’où il serait difficile de sortir.

Ce jour-là, à la clinique, on me confirme que Joëlle tète efficacement, que rien n’entrave ses mouvements, qu’elle prend bien le sein et que ma position est parfaite. Toutes les conditions sont là, mais je n’ai pas de lait.

Je repars de là motivée, avec une prescription, des produits naturels, un tire-lait industriel électrique, des seringues, etc.

Je dois aller à la clinique tous les jours, ensuite aux deux jours et finalement aux semaines pour faire peser Joëlle. Chaque fois qu’elle prend du poids, c’est une victoire, sauf si elle en prend trop, là c’est parce que je lui ai donné trop de préparation.

Pendant 3 mois, ma routine sera allaitement avec DAL (un petit tuyau que je mets sur mon sein pour qu’elle boive de la préparation en même temps). Ensuite, je dois tirer mon lait pendant 10 minutes chaque sein et on recommence 6 à 8 fois par jour. Le processus au complet prend 1 h à 1 h 30 et m’épuise.

À la clinique d’allaitement, on me dit qu’il y a de l’espoir, que si je travaille fort, que je stimule beaucoup, j’arriverai à allaiter exclusivement. Après 3 mois, je remplace le DAL par un biberon pour compléter les boires. Je suis épuisée psychologiquement et physiquement. D’autant plus que ma césarienne s’est infectée et qu’aux visites à la clinique, je dois ajouter des visites aux CLSC pour changer mon pansement tous les 2 jours.

À la clinique d’allaitement, on me dit encore que je pourrai allaiter exclusivement si je persévère. À la fin du quatrième mois, je n’en peux plus, Joëlle boit au biberon autant qu’un bébé de son âge qui n’est pas aussi allaité. Je me sens prisonnière, je cumule les inconvénients de l’allaitement et du biberon, avec peu d’avantages. Je demande à l’infirmière s’il y a encore de l’espoir pour l’allaitement exclusif et elle finit par admettre que non, mais que pour le bien-être de mon bébé, je dois continuer. Pour mon bien-être, je ne vais pas au rendez-vous suivant et j’arrête du jour au lendemain d’allaiter. Je sens un grand soulagement et une grande déception.

Je n’aurai jamais eu de montée laiteuse. Pour tout vous dire, j’ai à peine ressenti un léger inconfort en arrêtant d’allaiter du jour au lendemain.

Plus tard, enceinte de Ludovic, j’apprendrai qu’il était écrit dans mon dossier, dès ma première visite à la clinique d’allaitement, que je faisais de l’hypoplasie mammaire sévère. Jamais on ne m’en a parlé, me donnant le faux espoir que ça fonctionnerait un jour. C’est sûr que j’aurais probablement abandonné un peu plus vite, le sachant, mais j’aurais gagné en qualité de vie et surtout, je me serais moins sentie coupable. Surtout qu’on continuait à me dire que si je faisais les efforts nécessaires, ça allait fonctionner.

Ludovic a été allaité 3 jours et dès son deuxième jour, il a eu besoin du DAL pour compléter son alimentation. Malgré tout, il a perdu beaucoup de poids dans ses premiers jours de vie. Avec une bambine de 2 ans ½, je n’avais pas l’énergie de recommencer l’allaitement mixte (mixte étant DAL-tire-lait) en sachant déjà que je demeurerais esclave du biberon de toute façon.

La décision a été plus facile à prendre, mais je demeure tout de même avec une petite déception. Pas parce que j’ai l’impression de ne pas avoir donné le meilleur à mon bébé, mais parce que j’aimais quand même allaiter, et son côté pratique. Bien sûr, j’aurais pu poursuivre l’allaitement pour la proximité et le contact avec mon bébé, mais une fois le biberon introduit, Ludo ne voulait rien savoir de toute façon.

C’est également un deuil à faire. Je sais que l’important, c’est que mes enfants soient en santé et patati, et patata, j’en suis consciente, mais c’est quelque chose que je voulais vivre et que je n’ai pas pu, c’est donc un deuil et le diminuer n’aide en rien, même si c’est fait dans les meilleures intentions du monde.

L’arrivée remarquée de Joëlle

Il y a environ 5 ans et 1 mois, arrivait dans ce monde Joëlle. Après une grossesse quasi sans anicroche (bonjour nerf sciatique), l’accouchement ne s’est vraiment pas passé comme prévu. Pas comme dans « j’ai un plan de naissance de 3 pages que je veux suivre à la lettre », mais plutôt comme dans « alerte rouge, le bébé doit sortir ».

Je n’avais pas d’attentes pour mon accouchement. J’espérais être consciente (bien, pas vraiment un espoir, puisque je n’avais jamais pensé que ce ne serait pas le cas) et j’envisageais d’accoucher sans péridurale (ou épidurale?), pas tant par conviction que parce que je n’étais pas chaude à l’idée d’avoir une aiguille dans ma colonne vertébrale. Amène-s’en des aiguilles, mais pas dans mon centre nerveux s’il-vous-plaît.

Donc, le 19 octobre au matin, je me pointe à l’hôpital à 42 semaines de grossesse pile avec le col fermé à triple tour. Mlle étant trop confortable dans mon dedans, il est temps de lui indiquer la porte de sortie. Il est 6 h du matin, on m’insère le Cervidil et on me prédit un beau bébé avant la fin de la journée. On laisse agir le tout 12 h, à l’hôpital, sans pouvoir vraiment manger tout d’un coup que ça partirait (une chance que j’ai triché en masse…). On joue au Scrabble, on regarde un film et on marche 200 km dans les couloirs en allant voir les bébés à la pouponnière pour donner le goût à Mlle de les rencontrer. 18 h! On enlève le Cervidil pour voir le résultat… ½ cm. Méga déception. Mon médecin décide de l’aider à ouvrir à 1 (OUCH!) et crève les eaux. Je commence à avoir des petites contractions. Je continue à accumuler les km dans les couloirs.

Minuit! Je suis seulement à 2 cm. On sort l’artillerie lourde. Épidurale et pitocin. Je dois maintenant rester couchée. J’essaie de dormir un peu, mais l’épidurale ne fait pas effet complètement. Visiblement, Joëlle n’aimait pas le 19 octobre comme date de fête. À 2 h du matin, on vient me mettre un masque à oxygène et me faire tourner sur le côté, le cœur de Joëlle s’emballe un peu trop. On me fait changer de position régulièrement. Le matin, Joëlle s’est calmée, mais mon col est seulement à 4 cm. Les médecins augmentent la dose de pitocin. Le cœur de Joëlle recommence à s’emballer, on redescend la dose. Vers midi, je suis à 6 cm, mais mon col est enflé, il doit donc désenfler avant de dilater. Mon médecin me dit de me préparer à une césarienne.

Il revient 20 minutes plus tard. L’obstétricienne de garde veut qu’on attente encore. Vers 13 h, mon col est toujours enflé et le cœur de Joëlle commence à trouver ça difficile. Mon médecin redemande une césarienne (lui ne peut pas la pratiquer), mais il se fait dire qu’on attend encore. Le scénario se répète aux 30 minutes. Je me suis fait à l’idée que j’aurais une césarienne et je veux juste que ça finisse, mais l’obstétricienne veut qu’on attende encore. Vers 14 h 15, l’anesthésiste vient me voir pour ajuster mon épidurale puisque je sens beaucoup de douleurs et que j’ai vraiment besoin de me reposer. Je réussis à m’endormir un peu, mais pas longtemps. Le cœur de Joëlle ralentit trop. Tout à coup, une équipe de 10 personnes entrent dans la chambre en courant. Je me fais réveiller, mettre sur le dos. D’une main, on me fait signer l’autorisation pour la césarienne, on essaie de me mettre un soluté sur l’autre bras, on me rase, tout ça en même temps. Et ils partent à courir avec moi dans le couloir.

Là, là je réalise que ça ne va pas bien. J’entends mon chum courir derrière moi, il se fait lancer des choses pour s’habiller rapidement, mais il ne peut pas entrer dans la salle finalement. Je panique. Dans la salle d’opération, on me met un masque sur le visage pour m’endormir, j’ai l’impression d’étouffer. La dernière chose que j’entends, c’est la voix de mon médecin qui est fâché, et puis le noir total.

Joëlle naît à 15 h 33 en super forme (9/10 à l’APGAR).

Peu après, je suis dans la salle de réveil, je me souviens de l’infirmière à côté de moi qui répond à mes questions en boucle : « le bébé va bien, il est avec votre conjoint ».

Vers 16 h 30, on m’amène à ma chambre et là, je craque. Le stress et la peur sortent, même si je suis soulagée que ce soit fini.

Ce n’est que vers 19 h que je verrai ma Jojo pour la première fois, enfin.

Nous sortirons de l’hôpital 48 h plus tard après une batterie de tests pour moi, puisqu’ils ont peur de m’avoir sectionné l’urètre lors de la chirurgie. Finalement, je m’en sors avec seulement un ligament rond coupé.

5 ans plus tard, j’ai encore les frissons et les larmes aux yeux quand j’en parle. C’est un traumatisme que je n’ai pas encore surmonté, même si on me répète sans cesse depuis d’arrêter d’y penser parce que j’ai eu un bébé en santé.

À venir : l’allaitement de l’enfer.