Lili Blues – Florence K

Vanessa voit son mariage s’effriter depuis des années. Elle aurait souhaité que le vent tourne et que Samir, son époux, revienne vers elle, vers eux. Mais celui-ci, un réalisateur de cinéma workaholic, fait la rencontre de Lili, jeune étoile montante de la télévision, une insécure permanente, pour qui l’impossible a toujours teinté l’amour d’une couleur particulièrement attrayante. Qu’arrive-t-il lorsque trois êtres sensés, qui ne cherchent au fond qu’à traverser la vie du mieux qu’ils le peuvent, sont confrontés à la puissance de leurs sentiments et les contrôlent de moins en moins?

Au début du roman, on a l’impression que nous allons voir la même histoire du point de vue de trois personnes différentes, nous permettant de voir que tout n’est pas noir ou blanc. C’est un peu ça, mais pas tout à fait. Au fil des pages, notre loyauté qui était d’abord à Vanessa change au gré de l’information supplémentaire qui nous est fournie. C’est vrai que tout n’est pas noir ou blanc, mais on peut difficilement être du côté de Samir, plus l’histoire avance.

À de nombreuses reprises, j’ai eu envie de secouer les personnages qui semblent se complaire dans leur situation, mais c’est facile à dire de l’extérieur, alors que le lecteur a une vue d’ensemble et a toute l’information en main pour analyser la situation de façon claire et détachée.

Toutefois, le passage suivant m’a complètement fait basculer du côté de Lili, parce que je suis comme ça aussi, je me suis tellement reconnue dans ce passage que j’ai dû le relire plusieurs fois, comme pour assimiler que je ne devais pas être la seule à être ainsi.

« Lili, cette fois-ci, le prit mal et sentit un accès de colère monter en elle, ce qui la fit pleurer. Jamais elle n’arrivait à se fâcher. Lorsque la colère se pointait, c’étaient des larmes qui sortaient. Pas des cris. Elle avait toujours eu l’impression de perdre ainsi toute sa crédibilité. »

C’est ce que j’aime le moins chez moi, mon incapacité à me fâcher ou à vivre des émotions fortes qui sortent autrement que par des larmes. Dans la vie intime, avec les personnes proches, ça peut encore passer, mais quand c’est devant ton patron que tu fonds en larmes parce qu’une situation te fâche, adieu crédibilité, et c’est tellement frustrant! Voir qu’un personnage, même fictif, vit cette situation m’a bizarrement fait du bien.

J’ai aimé la fin offerte à Lili, mais j’aurais aimé savoir comment s’en sortait finalement Vanessa et Sam, même si on s’en doute un peu.

La théorie du drap contour – Valérie Chevalier

Bien malgré elle, Florence est une amoureuse en série. Romantique et fleur bleue, elle croyait dur comme fer que son premier amour durerait toujours. Mais la vie s’est vite chargée de lui prouver que la réalité n’est pas comme dans les films, et que son destin serait différent de celui des membres de sa famille, dont les couples perdurent, pour le meilleur et pour le pire.

Au fil de ses rencontres, Florence échafaude une théorie sur l’amour. Même si elle continue d’y croire, elle se bute au mur des ruptures, et se laisse doucement aller au cynisme et à la désillusion. Mais le soleil n’est jamais très loin, et lorsqu’on lâche prise, le courant finit bien par nous mener quelque part…

Je n’ai pas lu le premier livre de Valérie Chevalier. C’est mon premier contact avec son écriture, son univers. Si, au début, j’ai eu du mal avec les chapitres courts qui sont comme des photos instantanées d’un moment précis, ils m’ont par la suite donné l’impression d’être en discussion avec une amie, autour d’un lunch.

On suit Florence au gré de ses rencontres et de ses ruptures, au gré de sa vie amoureuse. C’est vrai, c’est simple, c’est la vraie vie. Et si parfois on lit pour changer d’univers, ça fait du bien d’être dans le réel. Ma vie amoureuse n’a pas été aussi tourmentée, mais j’ai aimé le réalisme des situations vécues par Florence et on se met à espérer pour elle que tout se déroule pour le mieux.

Alors, vaut-il mieux un drap contour bien plié dans une relation plate, ou un drap contour en « mottons » en attendant le bon?

Boo – Neil Smith

boosmithOliver Dalrymple est un garçon de treize ans à la peau pâle et au cœur troué. Tout le monde l’appelle Boo, en raison de sa blancheur fantomatique. Il est capable de réciter la table de Mendeleïev de mémoire sans omettre un élément, un atout malheureusement négligeable pour développer son réseau social. Boo, surtout, est mort devant son casier. Son cœur, croit-il.

Il se réveille dans un étrange au-delà : le Village. Un endroit où se retrouvent tous les jeunes de treize ans, « passés » comme lui d’un monde à l’autre.

Deuxième coup de cœur des bibliothécaires. Je ne connaissais pas du tout cet auteur. L’idée d’un paradis par groupe d’âge et par pays est intéressante. Oliver arrive donc au milieu de jeunes de treize ans, des nouveaux nés comme lui, ou des « vieux » treize ans. J’ai bien aimé la façon dont cette société d’adolescents s’organisait, seule, sans adulte. Chacun trouve sa place dans un univers minimaliste où le strict minimum est fourni par Zig (le nom que les jeunes donnent à Dieu). Les gens atterrissent dans ce paradis pour 50, après quoi, ils remeurent. Toutefois, ils ne changeront pas pendant ces 50 ans, ils deviendront plus matures peut-être, mais physiquement, ils seront les mêmes qu’à leur première mort.

L’univers est campé et fascinant à suivre. Quelques jours après sa renaissance, un de ses anciens collègues de classe arrive et lui apprend que ce n’est pas son cœur qui a lâché, mais qu’il a été fusillé et que le tueur est probablement dans leur paradis. S’ensuit alors une chasse à l’homme.

Il est difficile de s’attacher à Oliver (Boo) au début, il est un peu trop froid, détaché, il n’a aucune intelligence sociale en fait. Mais au contact de Johnny, il devient plus humain.  Malgré le sujet pas toujours facile, traité tout de même avec humour, ce sont 400 pages qui se lisent rapidement.

Une histoire de vie, de mort, d’intimidation, mais surtout, d’amitié.

La vie en grosse – Mélissa Perron

lavieengrosseÀ première vue, Daphnée-Rose Gauthier est une fille comme bien d’autres : célibataire (presque) assumée, elle partage son temps entre son boulot de photographe et ses nombreux amis. Pourtant, ses rondeurs (assumées) font d’elle une héroïne plutôt inhabituelle si l’on pense aux canons de la beauté qui régissent notre univers! Qu’il s’agisse d’un entraînement au gym, de ses innombrables diètes, d’une expédition à la plage, d’un voyage en avion, d’une simple sortie dans un bar avec ses copines ou de son incursion dans les réseaux de rencontres, Rose a le don de se retrouver dans les situations les plus cocasses.

Alors que je pensais que c’était une histoire, ce sont plutôt des chroniques sur différentes situations de la vie selon le point de vue d’une – comme le titre l’indique – grosse. C’est ce qui arrive quand on choisit un livre seulement avec le titre, surtout sur une liseuse. J’ai quand même apprécié les aventures de Rose, même si elles étaient un peu trop exagérées à mon goût. Bien sûr, en tant que grosse moi-même, n’ayons pas peur des mots, je me reconnaissais dans plusieurs situations et cela me faisait sourire, mais en même temps, c’était tellement gros par bout que ça avait l’effet contraire sur moi. Finalement, je ne sais pas trop quoi penser de cette lecture. On peut dire que mes deux dernières lectures de 2014 ne m’auront pas tellement marquée. Espérons que 2015 amènera son lot de lectures inspirantes.

Double disparition – Chrystine Brouillet

doubledisparitionMaud Graham est chargée d’enquêter sur la disparition de Tamara, sept ans, fille d’une ancienne camarade de classe. Qui l’a enlevée? Et pourquoi? Les policiers de Québec se mobilisent pour retrouver l’enfant. Au même moment, à Rimouski, Trevor, un jeune homme, apprend au chevet de sa mère agonisante qu’il n’est pas son fils biologique. Bouleversé, il part à la recherche de sa mère naturelle à Québec, où elle vivrait. Deux enquêtes, deux quêtes qui semblent bien éloignées l’une de l’autre, mais dont l’impact sera ressenti sur chacun.

Je trouve ce texte difficile à écrire. Je connaissais Chrystine Brouillet pour ses romans jeunesse que j’ai dévorés sans le savoir étant plus jeune (comme j’ai dévoré l’ensemble de la collection de la Courte échelle). Je savais que ses livres pour adultes étaient appréciés et j’ai voulu la connaître sous cet angle, même si le genre policier n’est pas mon premier choix.

Le côté policier ne m’a pas dérangé. L’histoire m’a accrochée, mais l’écriture m’a rebutée un peu. J’ai trouvé l’écriture trop « scolaire », je ne trouve pas d’autres termes, et trop froide. Même si l’histoire m’intéressait, je n’ai pas réussi à m’attacher à la protagoniste, Maud Graham, ni à Trevor. À plusieurs reprises, j’ai déposé le livre pour finalement y revenir afin de connaître la fin qui, comme le reste du livre, m’a laissé de glace. J’ai deux autres livres de la série de Maud Graham dans le lot de livres que j’ai reçu, alors je vais probablement lui donner une autre chance, mais plus tard.

Québec-o-trésors : ma sélection!

Pour un retour, c’est tranquille, mais je n’ai pas beaucoup de temps pour lire en congé de maternité. Curieusement, je vais avoir plus de temps quand je vais retourner travailler en février, avec 2 h 30 de transport en commun par jour, je vais enfin avoir du temps pour moi.

En attendant, voici ma sélection pour le défi Québec-o-trésors :

Beaudoin, Myriam – Hadassa : J’avais vraiment aimé l’écriture de l’auteure dans 33, chemin de la Baleine (qui fait aussi partie de la liste des trésors), alors je suis curieuse de découvrir un autre de ses livres.

Dupont, Éric – La Fiancée américaine : Tellement entendu parler, il faut que je m’y mette!

Hébert, Anne – Les Fous de Bassan : Parce que je n’ai jamais lu Anne Hébert et que j’en ai honte…

Vigneault, Guillaume – Chercher le vent : Sur ma liste à lire depuis sa sortie, il est temps.

Vonarburg, Élisabeth – Chroniques du pays des mères : J’aime le titre, tout simplement.

D’autres s’ajouteront sûrement au fil de mes envies, mais voilà les cinq que je m’engage à lire.

J’ai perdu mon chat – Philippe Beha

perduchatJ’ai perdu mon chat, et toi, tu me ramènes quoi? Un éléphant, un mouton, même un canari! Mon chat, il est tout rond, tout mignon, jaune, noir et blanc. Il s’appelle Tout-Gris et je me fais du souci…

Un autre livre qu’elle a reçu pour son anniversaire et qu’elle demande un jour sur deux. L’histoire est simple : le petit garçon a perdu son chat et ses amis lui ramènent des animaux qui correspondent à la description de l’animal. Les belles images, le texte en rimes et les répétitions de certaines phrases ont charmé Fillette J. qui se fait ensuite un plaisir de nous raconter l’histoire. Comme les images et l’histoire sont répétitives (un ami apporte un animal et le petit garçon répond « Ce n’est pas mon chat, c’est… »), elle est capable de nous raconter l’histoire et en tire une telle fierté. Je comprends pourquoi le Centre canadien du livre jeunesse a choisi ce livre pour offrir à tous les enfants de 1re année en 2012 dans le cadre du programme Un livre à moi! pour le plaisir de lire.

Stella étoile de la mer – Marie-Louise Guay

stellaetoileStella et Sacha sont au bord de la mer. C’est la toute première fois pour Sacha. Il pose de grandes questions : « D’où viennent les étoiles de mer? Est-ce qu’un poisson-chat ronronne? ». Stella a réponse à tout.

Depuis que j’ai eu ma fille, j’ai replongé avec plaisir dans la littérature jeunesse, que je n’avais jamais vraiment abandonnée. Ma fille adore se faire raconter des histoires et nous raconter des histoires avec les images. Si elle me voit en train de lire, elle veut toujours que je lise à haute voix, peu importe ce que je lis. Je présenterai donc dorénavant nos coups de cœur.

Aujourd’hui, Stella. J’adore Stella et Fillette J. également. Elle a une telle imagination qu’on ne peut s’empêcher d’être fasciné par son univers. Elle a toujours réponse à tout et ses explications sont beaucoup plus intéressantes que celles terre-à-terre des dictionnaires. De plus, les illustrations à l’aquarelle des albums sont magnifiques, ce qui ajoute à la magie de l’ensemble. Depuis qu’elle a reçu Stella étoile de la mer à son anniversaire il y a deux semaines, il fait toujours partie des deux histoires du soir. Le père Noël lui apportera certainement les autres histoires de la collection pour continuer à la faire rêver.

Yukonnaise – Mylène Gilbert-Dumas

Béatrice, écrivaine en mal d’inspiration, arrive au Yukon avec l’espoir d’y trouver le sujet de son prochain roman. Sur la route qui relie Whitehorse à Dawson City, elle prend une femme en auto-stop et réalise très vite qu’il s’agit d’Isabelle St-Martin, une esthéticienne dont elle a déjà été la cliente. Mais la Yukonnaise qui occupe le siège du passager n’a plus rien de la Québécoise superficielle qu’elle a connue autrefois. Au fil des conversations, Béatrice découvre l’histoire d’une jeune femme que tout le monde croyait fragile et qui pourtant a réussi à s’émanciper des cadres préétablis pour refaire sa vie au Yukon.

Un livre choisit sous l’inspiration du moment, sans lire la quatrième de couverture, seulement parce que le titre et la couverture m’appelaient. Un autre bon choix d’ailleurs! L’histoire se déroule au Yukon, alors qu’une écrivaine, Béatrice, en panne d’inspiration décide d’y séjourner en plein hiver, alors qu’habituellement les touristes se sauvent. Même si j’ai apprécié les descriptions de l’auteure et que le milieu était bien campé, je dois avouer que le fait d’avoir regardé la série La ruée vers l’or m’a permis de mieux comprendre l’univers, les origines et le contexte de Dawson City. En fait, c’est tellement bien décrit, que j’aurais compris et pu m’imaginer, mais la série m’a permis d’aller un peu plus loin.

L’histoire tourne autour de l’auteure qui rencontre une Québécoise exilée au Yukon depuis des années, Isabelle. En fait, Béatrice n’est qu’un prétexte pour nous raconter l’histoire de cette esthéticienne maintenant perdue au pays du froid et de l’or. C’est d’ailleurs l’histoire d’Isabelle qui est la plus intéressante, Béatrice ne servant, à mon avis, que de faire-valoir. Malgré tout, j’ai été déçue par la fin, quand Isabelle raconte sa rencontre avec Béatrice de son point de vue. Je ne peux en dire plus sans en dire trop, mais cela m’a laissé un goût amer et a enlevé la magie de la rencontre pour moi. Même si je crois comprendre le pourquoi de la chose. C’est tout de même pour moi une belle découverte, autant le livre que l’auteure que je ne connaissais pas et qui vient de mon coin de pays. Je vais sûrement partir à la découverte de ses autres livres.

La fille invisible – Émilie Villeneuve

La grosse conne, c’est Flavie, 15-ans-presque-seize. Flavie est une jeune fille à la fois timide et curieuse. Pourtant, elle croit qu’elle est une catastrophe sur deux pattes, un désastre ambulant. Au début de l’été, elle décide donc de se faire un programme pour devenir une nouvelle Flavie : une saine alimentation, aucun dessert et du jogging une heure par jour. C’est le début d’une chute vertigineuse. D’abord, du poids de Flavie, puis de son existence tout entière.

Cette bande dessinée dresse un portrait réaliste, et parfois brusque, de la maladie qu’est l’anorexie mentale. En se mettant à la place de Flavie, on peut comprendre un peu mieux ce qui oblige la jeune fille à courir après un idéal physique impossible à atteindre. Il n’est pas ici question d’apparence ou de beauté, mais bien de contrôle.

La bande dessinée se divise en deux parties qui s’entrecroisent : l’histoire de Flavie et la rencontre d’une journaliste avec un docteur spécialisé en anorexie mentale. Bien que cette partie plus théorique soit intéressante, j’aurais aimé qu’on donne une plus grande exposition à Flavie. Il n’en demeure pas moins que cet ouvrage, côté vulgarisation, fait le travail, et ce, sous une forme accessible.