La révolte des accents – Erik Orsenna

Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal aimés, dédaignés, méprisés. A l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait.

– Notre patience a des limites, grondait-il. Un jour, nous ferons la grève. Attention, notre nature n’est pas si douce qu’il y paraît. Nous pouvons causer de grands désordres.

Je ne prenais pas les accents au sérieux. J’avais tort.

De retour avec Jeanne, même si les liens sont moins clairs avec les deux premières histoires. J’ai apprécié l’écriture d’Erik Orsenna, mais je dirais que j’ai été moins touchée par cette histoire. Je l’ai trouvé moins profonde et surtout, on dirait qu’elle ne se termine pas. Tout au long, on suit un fil narratif, pensant qu’on va savoir la fin, mais non, dans les dernières pages, ça change du tout au tout et on commence un autre fil narratif, et le livre se termine sans qu’on ait le fin fond des histoires. Un peu frustrant. J’imagine que c’est pour préparer une éventuelle suite… Ça ne m’empêchera pas de continuer à découvrir les livres de cet auteur.

Les chevaliers du Subjonctif – Erik Orsenna

Il y a ceux qui veulent gendarmer le langage et le mettre à leur botte, comme le terrible Nécrole, dictateur de l’archipel des Mots, et la revêche Mme Jargonos, l’inspectrice dont le seul idéal est d’« appliquer le programme ».

Et puis il y a ceux qui ne l’entendent pas de cette oreille, comme Jeanne et Thomas, bientôt traqués par la police comme de dangereux opposants… Leur fuite les conduira sur l’île du Subjonctif. Une île de rebelles et d’insoumis. Car le subjonctif est le mode du désir, de l’attente, de l’imaginaire. Du monde tel qu’il devrait être…

Décidément, plus je lis cet auteur, plus je tombe sous le charme de son écriture. Dans ce livre, on retrouve Jeanne, qu’on avait rencontré dans La grammaire est une chanson douce. Elle est encore sur l’île de l’Indicatif, avec son frère, et est toujours aussi curieuse. Cette fois-ci, elle s’engage à être l’assistante d’un cartographe dont le métier est de tracer les pourtours des îles : l’île du Passé, l’île du Futur, l’île du Conditionnel. Mais c’est sur l’île des Subjonctifs que son plus grand défi l’attend. Malgré le fait qu’on y parle beaucoup de grammaire, et ce, avec humour, les livres d’Erik Orsenna ne sont pas didactiques. Même si on apprend peut-être un peu, ce n’est visiblement pas le but ici. Encore une belle lecture!

Deux étés – Erick Orsenna

deuxetesUne île au large de la Bretagne. Des étés charmeurs qui s’éternisent devant la vaste étendue bleue saupoudrée de rochers roses… Et puis un jour, dans ce paradis, l’arrivée d’un jeune homme, Gilles, qui a accepté une mission impossible : traduire en français Ada ou l’Ardeur, le chef-d’œuvre… intraduisible de Vladimir Nabokov.

Impatience de l’éditeur, pressions d’un écrivain génial et insupportable… Ce sont finalement les voisins, les amis de passage, qui, sous l’impulsion d’une dame attendrie, vont entreprendre de venir en aide au malheureux traducteur.

S’ensuivront deux étés d’aventure au cœur des mots. Deux étés où la musique d’un texte va naître de la douceur de vivre, de l’harmonie environnante. De cet épisode étonnant et réel, Erik Orsenna, vingt et quelques années plus tard, a tiré un récit tout de poésie et d’humour, un apprentissage de l’enchantement.

Encore une fois, j’ai été charmée par les mots d’Erik Orsenna. Après La grammaire est une chanson douce, on voyage de plus belle dans l’univers des mots, ici en passant par la traduction d’un livre. J’aime les descriptions que fait Orsenna, on a vraiment l’impression d’y être. Une très belle histoire de persévérance et, surtout, de coopération. Je suis impatiente de lire les autres ouvrages de cet auteur qui, jusqu’à maintenant, ne m’a jamais déçue.

La grammaire est une chanson douce – Erik Orsenna

grammaireJeanne, la narratrice, pourrait être la petite soeur d’Alice, précipitée dans un monde où les repères familiers sont bouleversés. Avec son frère aîné, Thomas, elle voyage beaucoup. Un jour leur bateau fait naufrage et, seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. Mais la tempête les avait tant secoués qu’elle les avait vidés de leurs mots, privés de parole. Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils découvriront un territoire magique où les mots mènent leur vie : ils se déguisent, se maquillent, se marient.

Avant de mettre ce livre sur ma liste, tant à lire que pour le Blog-o-Trésors, je n’avais pas lu la quatrième de couverture. C’est le titre qui m’attirait plus que tout. Si bien que, lorsque je l’ai eu finalement entre les mains, j’ai eu peur d’être déçue après avoir attendu aussi longtemps pour un livre.

Mais j’avais peur pour rien. J’ai adoré cette histoire! Je me suis reconnue dans le personnage de Jeanne, cette petite fille qui adore les mots, tous les mots. Surtout lorsqu’elle est dans l’usine à phrases et qu’elle se met à faire de longues phrases pleines d’adverbes et de compléments. C’est une jolie histoire sur l’amour du français et d’une langue et sur le danger de la voir disparaître si nous ne faisons pas attention. Je ferais bien le métier de la plus vieille femme du monde…