Ce n’est pas grave, mais c’est grave

Je ne parle pas beaucoup des difficultés de mes enfants autour de moi. Je sais que l’intention n’est pas mauvaise, mais les gens ont surtout le réflexe de vouloir minimiser et ça épuise. Ça épuise de devoir expliquer pourquoi c’est important d’aller en thérapie « même si on la comprend bien », « même si elle a juste 5 ans, c’est normal xyz », non justement, ce n’est pas « normal » de ne pas être capable de pédaler. Encore plus pour mon fils qui a 2 ans ½, « il est tout petit, tu lui mets trop de pression ». Justement, je ne lui mets pas de pression, je lui donne des outils et pour lui, c’est un jeu. Quand je prends la peine d’expliquer et que les gens finissent par comprendre — ou faire semblant de comprendre — ça finit généralement par « au moins, ils sont en santé ».

Bien sûr, ils ne mourront pas de leurs difficultés actuelles, mais ça ne les rend pas moins difficiles à leurs yeux et aux nôtres. Je ne me vois pas dire à ma fille qui travaille si fort pour dire un son et que sa langue ne veut juste pas : « t’es chanceuse, t’es en santé ».

Encore une fois, je sais que les gens ne veulent pas mal faire, que c’est humain comme réflexe, mais quand tu essaies de rentrer une xième thérapie dans l’horaire et dans le budget, bien ça passe un peu de travers.

Je sensibilise mes enfants aux différences et aux richesses qu’elles apportent, mais quand ma fille vient me voir les yeux pleins d’eau parce qu’elle n’est pas capable de faire la même chose que ses amis ou parce qu’une personne ne la comprend pas, je ne lui dirai pas que ce n’est pas grave et qu’elle va survivre, je vais lui dire « je le sais que c’est difficile, mais ensemble, on va travailler fort pour que ça le devienne moins. »

Parce qu’en fin de compte, se faire dire « au moins ils sont en santé », ça nous donne juste l’impression de nous faire dire « arrête de te plaindre » quand on a juste besoin de partager un peu notre fardeau.

Un c’est bien, mais deux c’est mieux (il paraît)

Ludovic, à 20 mois, disait trois mots : encore (son premier mot utile pour avoir plus de nourriture), papa et maman. Encore, pour ce dernier, ça faisait à peine 2 mois et, une fois sur deux, il disait papa. Encore maintenant, à 27 mois, il dit papa 80 % du temps, même pour moi.

Comme il ne parlait vraiment pas avant ses deux ans, j’en avais parlé à l’orthophoniste de Jojo, et vers ses 20 mois, j’avais rempli une grille des mots qu’il disait (2 cases cochées sur 7 pages) et des mots qu’il semblait comprendre (beaucoup plus de ce côté-là). Pour vous donner une idée, un enfant de cet âge est censé dire environ 50 mots. Je n’ai jamais été très by the book, mais mon expérience avec Joëlle me laissait quand même plus sur mes gardes. L’orthophoniste m’a donné des trucs et des idées d’activité à faire avec lui pour le stimuler.

À ses deux ans, j’ai rempli de nouveau les formulaires. Il disait plus de mots, mais n’atteignait pas (et n’atteint toujours pas les 50 mots) et il n’avait pas commencé à coller des mots ensemble. À la fin d’une thérapie de Jojo, nous avons amené Ludo pour qu’il rencontre l’orthophoniste. De concert avec celle-ci, nous avons décidé de le faire évaluer formellement.

Ludovic a un retard de langage expressif, mais il comprend très bien, c’est déjà positif! Bien sûr, il est trop jeune pour pousser plus loin l’évaluation, il peut très bien avoir son explosion de langage plus tard. Étant donné ce qu’on fait déjà avec Joëlle, qu’il fait des otites à répétition depuis qu’il a 9 mois, on a tout de même décidé de commencer les thérapies avec lui une fois par mois.

Ce qui nous fait six rencontres d’orthophonie et deux rencontres d’ergothérapie par mois… au privé. Mais ça, on en reparlera une autre fois…