Sur scène

Quand j’ai découvert le théâtre en secondaire 5, je suis tombée dedans et je n’en suis jamais vraiment ressortie. Je n’en fais pas, j’en vois! Ou plutôt, j’en voyais! Dans ma ville natale, il y avait — et il y a toujours — le programme Mordus du théâtre pour les moins de 25 ans. Pour 20 $, à l’époque, on avait droit à deux pièces de théâtre gratuites et toutes les autres pièces de la programmation théâtrale étaient à 10 $. Pendant 6 ans, je suis allée voir 80 % de la programmation. J’allais tout voir, autant les classiques (Roméo et Juliette) que des pièces plus contemporaines (une en particulier où, pendant 45 minutes, deux acteurs remplissent la scène de boîtes de carton, sans dire un mot, sauf deux-trois phrases à la fin…).

Une fois adulte, je me suis abonnée aux séries théâtre jusqu’à ce que l’arrivée des enfants complique un peu les sorties et leur logistique.

L’an passé, je suis tombée par hasard sur le site de la Maison Théâtre. Coup de foudre. Wow, retourner au théâtre et le faire découvrir aux enfants en même temps, c’est gagnant-gagnant, non?

On a commencé avec Papoul. Un peu déconcertant pour ma poulette de 4 ans ½ à l’époque, puisque aucune parole ou presque. D’ailleurs, après 10 minutes elle m’avait demandé quand ça commençait. Mais rapidement par la suite, elle a embarqué dans l’histoire et s’esclaffait avec tous les autres enfants. Elle était déçue que ça finisse. D’ailleurs, elle parle encore de cette pièce et est très déçue que son père ne l’ait pas vu aussi. Devant son enthousiasme, on lui a offert pour sa fête un abonnement pour cette année.

Nous avons commencé notre abonnement aujourd’hui avec Le ciel des ours. Cette fois-là, il y avait une narration, mais c’était un théâtre d’ombres. Jojo ne comprenait pas trop au début, mais s’est finalement laissé entraîner par l’univers de la pièce. Elle n’a pas tout compris, surtout la deuxième histoire sur la mort du grand-papa ours, mais ce n’est pas grave.

Contrairement à la dernière fois, où nous étions arrivées presque en retard, nous sommes arrivées à l’avance et avons pu profiter du beau coin lecture. On a lu quatre livres avant le début de la pièce et un autre après. Ça rend l’ensemble de l’expérience encore plus intéressante pour Jojo. L’an prochain, nous pourrons y aller aussi avec Ludo, puisque certaines pièces s’adressent à des enfants de 2 ans et plus.

Je trouve important d’exposer mes enfants à différentes formes d’art et ça fait une très belle sortie en famille, pas très cher.

Janine Sutto; Vivre avec le destin – Jean-François Lépine

Le secret! Quel mot pourrait mieux décrire la jalousie avec laquelle Janine Sutto a conservé pour elle-même, toute sa vie durant, les vraies émotions qui l’ont tourmentée?

Artiste au talent immense, cette femme, que son vieil associé Gilles Latulippe surnomme « Notre-Dame du Théâtre », a incarné les plus grands rôles féminins du théâtre classique et a contribué à la naissance de la télévision en langue française en Amérique;
ses rôles comiques ont attiré les foules. Mais jamais, pendant plus de soixante-dix ans de vie publique, elle ne s’est livrée vraiment.

Petite fille déracinée à l’âge de neuf ans de son bonheur parisien, Janine Sutto représente à elle seule toute la renaissance culturelle qui a abouti à la richesse créative du Québec d’aujourd’hui. Pour la première fois, à près de quatre-vingt-dix ans, elle a accepté de lever le rideau sur sa vie riche et tourmentée.

C’est avec un très grand plaisir que j’ai plongé dans la biographie de « Notre-Dame du Théâtre ». J’adore le théâtre depuis que j’ai été plongée dans cet univers à l’adolescence et j’étais très curieuse d’en savoir plus sur la vie d’une des pionnières du théâtre au Québec. J’ai trouvé que l’écriture de Jean-François Lépine était très sobre et que, bien qu’on sentait parfois un parti pris, on voyait l’effort de neutralité derrière le texte. Contrairement à plusieurs, l’énumération des nombreuses pièces de théâtre auxquelles a participé Mme Sutto ne m’a pas dérangée. Au contraire, cela m’a permis de faire des liens avec le cours sur la chanson québécoise que j’avais pris lors de ma dernière session. En effet, plusieurs événements venaient en parallèle et ont été marqués par les mêmes choses : par exemple, la grève à Radio-Canada. Je dirais que la seule chose qui m’a un peu troublée, c’est de voir que, même si on voit que Janine Sutto adore son métier, on reste avec l’impression qu’elle a rarement été heureuse de le pratiquer. Dans le sens où, à de nombreuses reprises, M. Lépine indique qu’elle n’aimait pas la mise en scène ou ses coéquipiers ou la pièce ou toutes ces réponses. Comme si toute sa carrière avait été une grande frustration. Malgré tout, ce fut une lecture passionnante sur une passionnée.

Merci à la Masse critique de Babelio et aux éditions Libre Expression pour ce livre.

S’embrasent

09-sembrasent-max-2Dans la cour d’école, Jonathan embrasse Latifa. C’est un coup de foudre qui bouleverse les témoins de la scène – les filles, les garçons, les profs et même le directeur – une passion qui, telle une éclipse observée à l’œil nu, les éblouit et brûle leurs regards. Au croisement du clip et de l’oratorio, cette partition lumineuse mêle audacieusement poésie, danse et musique, pour venir raviver en chacun de nous la flamme et l’émoi du premier amour.

Quelle belle pièce! Une heure de pure émotion! L’adolescence n’est pas caricaturée, au contraire, elle est vraie et magnifiée. Les acteurs ne jouent pas à l’adolescent, ils sont des adolescents. Le décor, la mise en scène, le jeu des acteurs, les costumes, et le texte, surtout le texte, font en sorte qu’on y croit. On y croit à ce coup de foudre qui bouleverse tout le monde, même le directeur. Au début, les mots crus font rire, parce qu’on n’est pas habitué de les entendre dans un lieu « sacré » comme le théâtre, mais ils font partie de l’histoire et, graduellement, on ne les relève plus. On quitte la salle, ému de tant de vérité. À la sortie, j’ai entendu quatre jeunes d’environ 16 ans déclarer : « on a tellement passé une belle soirée ». Ils ont raison… Une magnifique soirée.

Une création du Théâtre Bluff.

Solitude volontaire

Je ne comprends pas les personnes qui sont incapables de faire quelque chose seules : aller au cinéma, au restaurant, au théâtre, etc.

Si j’avais attendu après quelqu’un pour aller au cinéma, j’aurais probablement vu mon premier film à 20 ans. Il me semble, au cinéma, ce n’est pas grave d’être seul, il n’y a pas d’entracte, tu arrives, tu regardes le film pendant 2 heures et tu repars, c’est tout.

Même chose pour le théâtre et les spectacles musicaux en général. Bien oui, à l’entracte tu es tout seul, mais 15 minutes, ça n’a jamais tué personne. Pour ma part, je m’apporte un livre et je lis. Le temps passe très vite.

Je fais ça aussi au restaurant. Il y a un café où j’adore aller à Sherbrooke et cela arrivait souvent que personne ne pouvait venir avec moi. Tant pis, j’apporte un livre, je me mets dans un coin, et je lis.

Pourquoi je m’empêcherais de vivre parce que mon entourage n’a pas les mêmes goûts ou les mêmes disponibilités que moi?

J’adore partager mes activités avec quelqu’un, mais si personne n’est disponible, tant pis, j’y vais seule!

Comme le dit la phrase clichée, on n’a qu’une vie à vivre, et je n’attendrai pas après les autres pour la vivre!

Silence – Montée de lait

Pourquoi y a-t-il tant de gens qui sont incapables de se taire? Ça me dépasse. On dirait que j’ai un aimant, j’attire les éternels parleurs, les bavasseurs, les critiqueurs, les ronfleurs même!

Mercredi, je suis allée au théâtre La Marjolaine pour voir Dix-huit trous pour quatre. Je mettrai probablement ma critique lorsque je l’aurai écrite, mais encore une fois, j’étais devant une fille qui doit se répéter les blagues pour les rire… Et comme c’est quand même une pièce avec une grande part de comédie… Elle en a parlé un bout! Chaque blague, elle la répétait à haute voix et finissait en disant « est bonne ». Allô, tu ne peux pas rire comme tout le monde? C’est le meilleur moyen de montrer que tu trouves ça drôle!

Jeudi, je suis allée au Concert Gala du Concours de musique du Canada. On s’entend, c’est de la musique classique et de l’opéra. Je ne sais pas pourquoi, les préjugés peut-être, mais je croyais que les amateurs étaient plus respectueux que ça… Il y avait au moins 300 places de libres, mais il a fallu que je me retrouve avec à ma gauche un monsieur qui avait été traîné là de force par sa femme et qui s’est endormi – et a commencé à ronfler — deux minutes après le début de la première pièce (le Concerto no 1, op. 26 en sol mineur de M. Bruch, ma pièce préférée de la soirée d’ailleurs). À ma droite, j’avais une femme qui essayait d’identifier tous les instruments avec son mari. Derrière, j’avais un couple « connaisseur » apparemment, mais qui n’était pas « apprécieur » tant il parlait pour montrer à tous qu’il en savait beaucoup plus que les autres. À l’avant, il y avait une femme et ses deux enfants. Celle-ci avait décidé que c’était le moment de les instruire en leur expliquant, pendant les morceaux, la différence entre un concerto et une variation. À l’entracte, je décide de changer de place, puisqu’il y en a de libres… Mais je ne suis pas la seule qui a eu cette idée… et je me retrouve devant un homme qui parle au cellulaire! Malgré tout, j’ai apprécié ma soirée, et comme baptême de musique classique « live », j’ai bien aimé. J’en écoute à la maison, mais je n’en avais jamais vue interprétée en « direct », je crois que ce ne sera pas la dernière fois.

Quand je suis allée voir Ensemble, c’est tout au cinéma, on était huit dans la salle. HUIT! Et il y avait plus de blabla que dans une salle pleine! Le couple derrière moi avait, malheureusement, lu le livre. Alors, il a passé la durée du film à essayer de prévoir ce qui allait se passer… Heureusement que j’avais lu aussi le livre, sinon j’aurais su tous les punchs quelques minutes avant les scènes.

Ce ne sont que quelques exemples… Parce que ça m’arrive tout le temps! S’il y a UN seul bavard dans une salle pleine, c’est assuré qu’il sera assis près de moi. Ça, ou les chanteurs du dimanche qui chantent plus fort que l’artiste en spectacle…

Vive le silence aux bons moments!

Dix-huit trous pour quatre

La cloche sonne, c’est l’heure du golf. Pour un deuxième été, le théâtre La Marjolaine à Eastman présente la comédie Dix-huit trous pour quatre, de l’auteur canadien Norm Foster. Ici, pas de triangle amoureux ou de porte qui claque, mais quatre hommes (Marc-André Coallier, Stéphan Coté, Joël Marin et Luc Senay) qui se rencontrent sur un terrain de golf au lendemain de leurs retrouvailles universitaires. Les dix-huit trous ne seront alors qu’un prétexte aux souvenirs, aux ragots, aux récits de vie, aux coups de gueule, et peut-être même aux grandes vérités.

La pièce n’est même pas commencée que la séduction opère. Juste par sa présence, le théâtre nous raconte son histoire. Il n’y a aucun doute, ces lieux sont habités par un amour de la scène et par les générations de comédiens et de chanteurs qui s’y sont succédé. Lorsque la cloche sonne le début imminent de la pièce, on s’installe avec les moustiques dans la salle qui a gardé son cachet d’antan. On en ressortira quelque deux heures plus tard, le sourire aux lèvres, avec peut-être quelques piqûres en plus.

Avant de donner le coup d’envoi, Marc-André Coallier se présente sur scène pour raconter l’histoire de La Marjolaine. On ne s’était pas trompé, ce lieu est « hanté » de souvenirs et on se sent maintenant au sein d’une grande famille. Le lien est créé avec le public.

La partie commence et les lumières s’ouvrent sur un décor minimaliste. Les golfeurs entrent en scène et le ton est donné. On voit venir les gags de loin, mais cette anticipation ne fait qu’ajouter au plaisir. En première partie, les rires se succèdent, bien que quelques blagues tombent à plat. Alors que les ricanements sont prévisibles, les moments plus dramatiques prennent le public par surprise et font réfléchir. Après l’entracte, les vérités commencent à jaillir entre les quatre protagonistes et les moments d’émotions prennent le dessus sur les rires alors que sont traités des sujets tels que l’infertilité, la famille ou l’alcoolisme. Les éclairages accentuent les émotions, passant du bleu-harmonie au rouge-colère.

La mise en scène, signée par Yvon Bilodeau, est convenue. Les entrées et sorties de scène sont plutôt répétitives, mais avec le contexte de l’histoire, il aurait été difficile de faire autrement. De belles trouvailles sont par contre utilisées : l’exécution d’un coup au ralenti avec la musique de circonstance ou la performance vocale et instrumentale avec les bâtons et les sacs comme accessoires musicaux. Les comédiens campent bien leurs personnages et sont réalistes dans leur interprétation. Seul le rôle de Paul (Joël Marin) est difficile à croire, non pas à cause de l’interprétation de l’acteur, mais par la nature même du personnage. On a du mal à s’imaginer qu’une personne d’une telle naïveté, pour ne pas dire innocence, puisse être diplômée en affaires et commerce. C’est toutefois ce même Paul qui offre le plus beau moment d’émotivité de la pièce en deuxième partie.

Un décor enchanteur, du théâtre d’été différent, une soirée qui finit en beauté au son de la musique d’Esther et ses messieurs, et juste une envie, y retourner, ne serait-ce que pour prendre un verre au Piano rouge.

Le voyage du couronnement – Michel Marc Bouchard

En juin 1953, l’élite canadienne-française s’embarque sur l’Empress of France pour aller assister au couronnement de la reine Élizabeth II. À bord du transatlantique, le caïd des caïds, délateur menacé de mort, fuit Montréal avec ses deux fils; il devra sacrifier l’un d’eux en échange d’un sauf-conduit.

Je l’ai relu dernièrement. Je crois que c’est l’une des rares pièces de théâtre que j’aie lue, à part Zone de Marcel Dubé. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai du mal à lire une pièce, je préfère la voir. J’imagine que c’est normal, car son but est tout de même d’être représentée sur scène, mais j’aurais pensé pouvoir en lire et l’apprécier. Par contre, j’ai bien aimé l’histoire générale de Le voyage du couronnement. J’arrivais facilement à me représenter les personnages. Ce qui m’a donné envie de voir cette pièce sur scène d’ailleurs. Je dois dire qu’une lecture « libre » permet de mieux apprécier l’œuvre que la lecture obligée que j’en avais fait au Cégep.